Des tenues

11 novembre 2013

La vie en bleu

Aujourd’hui c’est ma reprise, après quinze jours de vacances. Plus que quelques minutes et je partirai pour la prison. J’enfile machinalement mon uniforme en me rendant à l’évidence, ces quelques jours de repos n’auront pas suffit à me faire oublier le travail.

Il a des pouvoirs cet uniforme. Avec lui, nous nous fondons dans le décor carcéral où les détenus ne nous remarquent même plus. Avec lui, dans la rue, nous sommes craints des gens qui nous évitent en se demandant ce que nous faisons là. Avec lui, nous sommes des surveillants pénitentiaires.

Il est étrange cet uniforme. Il est constitué d’un polo déteint, d’un pantalon mal taillé, de chaussures inconfortables, d’un pull qui gratte et d’une polaire qui bouloche. Tous ces éléments portent la même étiquette RIEP. Ne chercher pas de vêtements de cette marque dans vos magasins préférés, vous n’en trouverez pas ! RIEP c’est la Régie Industrielle des Établissements Pénitentiaires. Cette régie, qui donne un emploi à de nombreux détenus, est celle qui fournit les uniformes à l’administration pénitentiaire. Ce sont donc les détenus qui fabriquent nos chaussures, qui cousent nos pantalons et brodent nos polos. Ce qui explique pourquoi nos pantalons ont parfois la même taille que l’étiquette soit 36 ou 46, pourquoi nous avons des trous dans nos poches, pourquoi nos chaussures portent encore des traces de colle et pourquoi la broderie « Administration Pénitentiaire » n’est pas toujours droite.

Je me souviens quand j’ai commencé, à l’ENAP, on nous donnait un paquetage avec nos uniformes et il m’avait fallut attendre presque deux ans pour obtenir à nouveau de quoi me vêtir en bleu. Les pantalons avaient souffert (on pouvait voir qu’ils ne tarderaient pas à craquer) et les chaussures m’avaient abandonné depuis longtemps, j’avais été obligé d’en racheter.

Aujourd’hui, mes armoires sont pleines d’uniformes neufs, mais aussi des anciens dont je ne sais plus que faire, je ne peux quand même pas les jeter comme ça à la poubelle ! N’y voyez pas un quelconque remord, bien que je porte cette uniforme près de trois cent jours par an je n’aurais pas de scrupule à jeter mes anciens polos si je savais où les mettre. Poubelle jaune ou poubelle d’ordures ? Aucune des deux, ils doivent être détruits et je dois m’assurer que personne ne les réutilisera.

À savoir également qu’en cas de perte d’effets d’uniforme, il me faudrait le signaler à mon administration !

Enfin, venons-en au plus important, à la finalité de cet article.

Je pense que ce blog est majoritairement lu par des surveillants qui connaissent déjà tout ça mais ils ne sont pas les seuls lecteurs, il y a aussi ma femme, et cet article lui est destiné.

Chérie, je crois qu’après avoir exposé toutes ces raisons, tu comprendras que je ne voudrai pas me déguiser pour la soirée de la Saint-Sylvestre !

Stéphane B.

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Une réponse à “Des tenues”

  1. dodo Dit :

    Et que dire de tous nos collègues civils qui, lorsqu ils nous rencontrent sans nos habits de lumière peuvent passer à nos côtés sans même nous reconnaître . A croire que le bleu joue la transparence sous nos teints palots de maton !

    Répondre

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