Fatigués

13 novembre 2013

PPSMJ

Aujourd’hui je tiens à vous parler d’une catégorie de détenus – que tout surveillant connaît – à qui on donne des noms plus ou moins imagés. On les appelle les fatigués, les cachetonnés, les toxicos ou encore les drogués (si la plupart de ces surnoms émanent du reste de la population pénale, les autres ne peuvent être mentionnés ici !)

Dans un petit établissement, on les reconnaît facilement et on s’habitue rapidement à leurs allées et venues à l’UCSA (infirmerie). On sait très bien pourquoi ils doivent s’y rendre quotidiennement. Dans une plus grande structure ou sur une autre coursive, on apprend à reconnaître ce gros ventre, gonflé par les psychotropes.

Certains d’entre eux étaient des toxicomanes avant de rentrer en prison, ils se shootaient plusieurs fois par jour et ont désormais besoin de Métadone ou de Subutex pour tenir. D’autres ont commencé ici, en cellule, dans nos murs. Ceux-là ont fait le chemin inverse et ont commencé avec ces traitements dits de substitution.

Les anciens me racontent encore certains soirs comment on sevrait les détenus avant la mise en place de ces traitements. Apparemment, ce n’était pas facile les premiers jours, mais je me demande si la mise à disposition de drogues pour les toxicomanes va les aider dans leurs réinsertion.

De mon côté, je me souviens des détenus qui remontaient du Service Medico-Psychologique Régional en rampant, incapables de tenir debout après la prise de leurs traitements de substitution quotidiens.

Le plus triste c’est que ce genre de traitement fait (logiquement ?) l’objet d’un véritable trafic entre les détenus. Dernièrement, j’en ai été le témoin. J’avais remarqué qu’à chaque fois que le détenu A se rendait à l’infirmerie pour son traitement, il était attendu par un autre détenu, appelons-le B (comme par hasard). J’avais donc déjà quelques suspicions et j’ai attendu le retour de A pour assister à un échange de pilules. J’ai évidemment avisé le service médical et la hiérarchie de tout cela.

L’infirmerie a convoqué A dans la foulée afin de lui redonner son traitement, traitement qu’il a certainement remis aussitôt au détenu B, un peu plus discrètement cette fois-ci.

J’ai parfois plus l’impression de travailler dans une Unité pour Malades Difficiles que dans une prison.

Stéphane B.

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