Super SurveSayian

20 décembre 2013

La vie en bleu

Depuis le dernier article, je n’ai évidemment pas reçu la miraculeuse nouvelle, alors, à défaut de mutation j’ai pensé à la fusion. Selon la légende débézèdienne, je ne pourrai en revenir,  ce sera immédiat et définitif, mais fi de tout ça, je prends le risque.

Attention… Fuuuuuuuuuuuuuuuuusion !

C’est étrange, ça semble avoir marché dès le premier essai. J’ai la sensation de pouvoir continuer à écrire sur mon vécu et de pouvoir le faire avec la plume d’un surveillant fictif, personnage éponyme d’un roman récent. Je repense à mon anecdote du moment et une flopée d’axes d’écriture me chatouillent les neurones. Bon, on va tester ce nouveau pouvoir : ce qu’il y a de plus dur en prison, ce sont les murs ! Merde, ça marche. Allez, encore une pour être sûr : La Vie En Bleu Productions présente « La vérité surveillant 4″, les plus belles négociations de la coursive enfin mises à l’écran. Avec Mitard Anconina, Gamelle Maleh, Barreau Solo, Naussées Garcia, sans oublier le génial Gilbert Melcasque !

C’est ça, ça a marché. Mi-moi mi-lui, je suis devenu Stépharek ! Surveillant Stépharek. Ce costume m’est seyant, je dirais même saiyan, super saiyan !
Mon histoire, vite.

Super SurveSayian niveau 1

Je sors de quelques lectures de romans d’auteurs contemporains dont le style pourrait être assimilé à un nouveau courant littéraire que l’on nommerait le prétentionnisme. Tendance artistique résidant en l’impossibilité d‘écrive un livre qui ne tourne pas autour de sa personne.
Je crains d’en être encore un peu imprégné et m’excuse à l’avance pour les relents d’égocentrisme qui pourraient suivre. Je devais romancer mon anecdote, soucieux d’éviter le journalisme d’investigation et le récit sensationnaliste de bas étage. Mon histoire devait commencer par la description d’une scène de l’intimité assez commune où je me retrouvais sur un canapé, le mien tant qu’à faire, discutant avec une connaissance. Mais encore un peu contaminé par ce Beigbedélire narcissique qui finalement Nothombe plutôt bien, je vais rectifier. Voilà : tout commence un jeudi soir, quoique c’est plutôt moche un jeudi soir, entre les feuilletons policiers, les soirées étudiantes et les matches des équipes françaises en Europa League, toute la nation en prend pour son grade en matière de connerie. Disons que c’était un lundi, c’est chaleureux un lundi, un lundi pluvieux, que le prochain. Ou bien un vendredi soir, c’est excitant un vendredi. Voilà : tout commence un lundredi soir où je me retrouvais ancré en cette couche secondaire exposée dans mon salon tout près de ce rêve féminin qu’est ma compagne. Pour vous la décrire rapidement, elle est la plus pure expression de l’alchimie entre la femme d’esprit et l’irrésistible beauté plastiique. une sorte de Scarlett de Beauvoir.

Super SurveSayian niveau 2

Scarlett me dit alors :
« Bon, assez parlé de l’influence des auteurs naturalistes russes sur la littérature du XIXe siècle ! Comment fut ta journée ? »
Au fond, je voulais bien lui avouer qu’elle était comme celle d’hier et certainement comme celle de demain : faites d’instants que je me félicite de rendre les moins pénibles possibles avant de la retrouver, mais la senteur fleur bleue aurait dénaturé les effluves de sueur que je m’apprêtais à lui délivrer. Je sentais bien qu’elle espérait que je l’emmène galoper hors des sentiers battus. Ne pouvant laisser Scarlett au haras, mon aventure du jour devenait une aubaine. Je vous l’assure. Que je sois damné si jument. Je choisis pour ce faire de lui appeler l’ascenseur émotionnel.

Super SurveSayian niveau 3

Je lui répondit que ma journée fut assez commune à mes yeux.
[Ting ting ting. Premier sous-sol.]
Puis je rajoutais :
« J’ai dû m’équiper en tenue Maintien de l’Ordre plusieurs fois pour un Détenu Particulièrement Signalé reconnu dangereux. Mais tu sais, enfiler cette carapace règlementaire n’a rien de folichon. Par contre, l’adrénaline au moment d’ouvrir une porte qui peut cacher à peu près n’importe quoi, ça c’est intéressant.
- J’imagine oui. Tu as déjà eu des complications ?
- Disons que je m’en suis toujours bien sorti. Je n’ai jamais glissé chef, ni sur de l’huile ni sur des excréments, je n’ai jamais été blessé non plus, pourtant j’ai pris des coups et j’ai reçu pas mal de vaisselle. Dans toute ma carrière, j’ai dû encaisser l’équivalent d’un magasin Guy Degrenne. »
Elle rit aux éclats et me demande à travers les rais lumineux s’échappant de l’ampoule rieuse qui dessinaient une cage dorée semblant emprisonner cet ange venu asseoir ses ailes d’un élan de liberté… pardonnez-moi, je me suis également intéressé aux lectures des français et je me suis tapé le dernier futur best-seller. Ils s’y mettent vraiment à plusieurs pour écrire ces trucs ? Bref, j’ai lu un livre de Marc Lévy.
Donc, elle ria aux éclats et me rétorqua :
« Et aujourd’hui alors, tes interventions ?
- Tout c’est bien passé, la vue de la répression l’a calmé à chaque fois.
- Ah, bon bah tant mieux.
[Ting ting ting. Troisième sous-sol.]
- Par contre, plus tard, vers les 18h, j’ai appris par le chef de poste qu’un autre détenu devait sortir d’une Hospitalisation d’Office et que j’irai le chercher après mon service.
[Ting ting ting. Rez-de-chaussée.]
- Ah oui, raconte-moi alors !!
- On est parti directement après le service pour arriver devant l’Unité pour Malades Difficiles une heure après. Bizarrement, le détenu était calme, ravi de retrouver le petit confort de sa cellule. Il en devenait drôle même. Au moment de partir un spécialiste lui a dit qu’il ne voulait plus qu’il remette les pieds ici, cet allumé lui as répondu : « Je mets les
pieds où j’veux Little John, et c’est souvent dans la gueule ! ». C’est débile, je le conçois, mais j‘en ai versé une larme de rire. C’est de l’ultra réchauffé mais on a besoin de décompresser dans ces moments-là et ce comique de situation m’a éclaté.
- J’aurais aimé voir la tête du spécialiste !
- En fait, il n’a rien compris et a pris ça pour une vraie insulte. »

Super SurveSayian niveau 4

Je marquais une pause et prenais un air solennel pour instaurer une montée en intensité. Je lui devais bien ça, elle qui me retourne le palpitant d’un sourire. Elle rompit le silence et m’indiqua que le moment était venu de continuer :
« Comment c’est passé le retour à la maison centrale ? »
Elle est pratique cette compagne, toutes ces interventions vont dans le sens de mon récit.
Je repris mon discours, me sentant un peu dans la peau du papy gâteux qui surjoue :
« Quand on est monté dans le fourgon, l’Équipe Régionale d’Intervention et de Sécurité était déjà sur le parking.
[Ting ting ting. Deuxième étage.]
Deux véhicules nous ont escortés, le genre d’escorte plutôt dissuasive. Les ERIS sont piquants, mieux vaut ne pas s’approcher de trop. Le retour fut rapide, une demi-heure, soit un demi-trajet aller. J’ai fait les comptes à l’arrivée : on a été flashés trois fois et klaxonnés dix fois plus, on a frôlé deux accidents sérieux, grillé je ne sais combien de priorité et
affolé à peu près toutes les voitures qu‘on a croisées. Je me suis cru dans GTA.
[Ting tingting. Quatrième étage.]
- Ah oui quand même ! Et l’arrivée ?
- Arrivés devant la porte d’entrée principale, les deux fourgon d’escorte se sont vidés d’une indescriptible rapidité, façon véhicultateurs précoces.
Huit hommes cagoulés munis de fusils d’assaut ont entouré notre fourgon avant que la grande porte ne s’ouvre.
[Ting ting ting. Septième étage.]
- Et après ?
- Et après ? On a ramené le détenu en cellule et voilà. Après rien.
[Défénestration du septième étage ?]

Après ? Si, après, je suis rentré chez moi, tu n’étais pas là car tu es la partie fictionnelle de ce récit. Alors j’ai pensé à écrire les grandes
lignes de cette anecdote et les envoyer à un ami qui les retravaillerait pour en faire un premier article en binôme. On verra si la fusion a pris sur le papier.

Et puisqu’on est deux, on ne va pas se priver d’une double chute :

Cette histoire est à l’image de ce que se doit d’être le quotidien du surveillant pénitentiaire, elle est à la fois authentique et onirique. Elle est vraie mais enrobée de fioritures, ornements garants de notre santé mentale.

Ce n’est pas parce que dans l’appellation surveillant pénitence y erre qu’il faut négliger son bon plaisir. Cet âme d’enfant nous fait tellement de bien lorsque l’on enlève ce costume uniforme.

Stéphane B. et Benjamin T.

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Une réponse à “Super SurveSayian”

  1. Chriss Dit :

    Même si j’avais apprécié les précédents articles, sans pour autant me manifester, je dois avouer que la touche B.T. apporte une note supplémentaire qui me fera toujours sourire, une note rose dans ce monde gris, sans rien enlever au talent de S.B.
    J’espère juste ne pas être la seule à apprécier et à venir taper l’incruste sur ce blog, et j’invite donc tous ceux qui passent par là à laisser un petit commentaire, histoire d’encourager S.B à continuer…

    Répondre

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