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À propos de agentdetage

Règlement de Compte

19 novembre 2013

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Note aux lecteurs, aux collègues, aux amis :

J’ai écris cet article il y a quelques temps déjà, alors même que Benjamin Teissier achevait son roman « Marek » (dont je vous recommande la lecture. Un coup d’œil par ici : https://www.facebook.com/BenjaminTeissier2013). Je décidais alors de m’essayer à l’écriture.
Inutile donc de chercher à mettre des noms sur les personnages qui vont suivre. Cette histoire date de plusieurs mois et est basée sur plusieurs événements.

Ce matin, après avoir bu mon café près du distributeur, pris mes clefs au PCI, blagué avec les collègues, répondu à l’appel de mon nom par le gradé, je prends connaissance des consignes pour la journée. Dans ces moments-là, on espère  tous qu’il n’y aura pas de consigne, qu’il n’y aura aucune nouveauté, car la routine est une bonne chose en détention. Mais aujourd’hui le chef s’adresse directement à moi pour m’annoncer ce que j’ai déjà entendu à la radio au premier journal de la journée : « Il y a eu un règlement de compte cette nuit à Marseille, c’est le cousin du détenu X ! »
Ce détenu X, je l’ai à l’étage pour la matinée.
On a tout un protocole pour un détenu dans sa situation : prévention du suicide, entretien avec des officiers, des CPIP, des psychologues… Je sais que ma matinée risque d’être agitée en montant à l’étage.

7H : contrôle d’effectif. Le détenu X est levé, habillé et prêt pour se rendre à l’atelier. Il boit son café et me salue de la main, sans un mot. Son voisin est plus loquace, il m’informe tout de suite d’un décès dans la famille du détenu X. Je comprends qu’il a eu l’information avant moi, comme souvent en détention.

7H30 : départ pour les ateliers, il faut annoncer au détenu X qu’il ne peut pas s’y rendre car l’Administration a d’autres projets pour lui aujourd’hui. Le détenu X ne comprend pas et me répond qu’il est capable de gérer ça tout seul, qu’il veut simplement aller bosser.

8H30 : premier entretien avec l’officier et la CPIP. Il paraît que le détenu n’était pas bavard, qu’il s’impatientait dans le bureau.

9H : le surveillant de l’UCSA m’appelle par talkie-walkie, le détenu X est convoqué. Mais il ne s’y rendra pas, il refuse d’y aller.

9H30 : après de nombreux appels, j’ai enfin pu accéder à la principale requête du détenu X. Je le conduis aux ateliers. En chemin il se confie à moi en me demandant de tout garder pour moi, je ne devrai pas faire d’observations sur CEL ni en parler à un officier car il craint que l’interprétation par la direction de l’interprétation par l’officier de mon compte-rendu sur ses propos lui soit défavorable. Il m’annonce qu’il n’est pas choqué mais simplement déçu et que tout ceci n’est pas facile à gérer, surtout enfermé. D’après lui, le règlement de compte est un risque du métier, un risque qu’il faut accepter quand on est dans ce milieu. Des frissons me parcourent alors le corps, comment peut on être aussi posé face à la mort d’un proche ? Comment l’accepter aussi rapidement? En parler aussi froidement, sans émotions ?

Le règlement de compte précédent, je m’en souviens encore, je l’avais appris au milieu de la nuit alors que j’étais en poste au mirador. Les détenus se l’annonçaient en le criant par les fenêtres ! En les écoutant, je savais tout : qui était mort, avec qui il travaillait, pourquoi on l’avait assassiné, à quel endroit, comment il avait été tué, les biens qu’il laissait à sa famille, et encore plus incroyable : qui l’avait tué !! Je pouvais résoudre une enquête de police en un petit quart d’heure à la fenêtre d’un mirador !!
Cette nuit-là, j’avais également entendu un détenu crier sa détresse. Non pas parce qu’il connaissait la victime mais simplement parce qu’il venait du même quartier, qu’il avait fréquenté la même bande et qu’il craignait désormais pour sa vie. Il avait été rassuré par un autre détenu qui lui avait gentiment hurlé : « Non, il n’y a pas de contrat sur ta tête, mais si tu ne me laisses pas dormir maintenant, ça va venir ! »

En prison, on croise aussi des détenus qui ne sont plus du tout pressés de quitter leur cellule, sachant ce qui les attend dehors. Un permissionnaire de retour en détention m’avait dit un jour : « C’est fou surveillant, je suis rentré dans mon quartier et des mecs que j’ai connu minots me lançaient des éclairs du regard. On aurait dit qu’ils voulaient me tuer alors que moi je ne demandais rien, je ne faisais que passer. On aurait dit qu’ils voulaient me tuer pour pas que je reprenne la place que j’avais avant. »

Voilà la vie des bandits, pour qui la vie d’un homme ne vaut pas grand chose. Seul l’argent compte. Ils tuent avant d’être tués, ils ont appris à vivre avec cette idée.

Un règlement de compte aurait de quoi vous choquer, mais en prison, ou plus généralement dans « le milieu », ça n’étonne plus personne.

Stéphane B.

Fatigués

13 novembre 2013

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Aujourd’hui je tiens à vous parler d’une catégorie de détenus – que tout surveillant connaît – à qui on donne des noms plus ou moins imagés. On les appelle les fatigués, les cachetonnés, les toxicos ou encore les drogués (si la plupart de ces surnoms émanent du reste de la population pénale, les autres ne peuvent être mentionnés ici !)

Dans un petit établissement, on les reconnaît facilement et on s’habitue rapidement à leurs allées et venues à l’UCSA (infirmerie). On sait très bien pourquoi ils doivent s’y rendre quotidiennement. Dans une plus grande structure ou sur une autre coursive, on apprend à reconnaître ce gros ventre, gonflé par les psychotropes.

Certains d’entre eux étaient des toxicomanes avant de rentrer en prison, ils se shootaient plusieurs fois par jour et ont désormais besoin de Métadone ou de Subutex pour tenir. D’autres ont commencé ici, en cellule, dans nos murs. Ceux-là ont fait le chemin inverse et ont commencé avec ces traitements dits de substitution.

Les anciens me racontent encore certains soirs comment on sevrait les détenus avant la mise en place de ces traitements. Apparemment, ce n’était pas facile les premiers jours, mais je me demande si la mise à disposition de drogues pour les toxicomanes va les aider dans leurs réinsertion.

De mon côté, je me souviens des détenus qui remontaient du Service Medico-Psychologique Régional en rampant, incapables de tenir debout après la prise de leurs traitements de substitution quotidiens.

Le plus triste c’est que ce genre de traitement fait (logiquement ?) l’objet d’un véritable trafic entre les détenus. Dernièrement, j’en ai été le témoin. J’avais remarqué qu’à chaque fois que le détenu A se rendait à l’infirmerie pour son traitement, il était attendu par un autre détenu, appelons-le B (comme par hasard). J’avais donc déjà quelques suspicions et j’ai attendu le retour de A pour assister à un échange de pilules. J’ai évidemment avisé le service médical et la hiérarchie de tout cela.

L’infirmerie a convoqué A dans la foulée afin de lui redonner son traitement, traitement qu’il a certainement remis aussitôt au détenu B, un peu plus discrètement cette fois-ci.

J’ai parfois plus l’impression de travailler dans une Unité pour Malades Difficiles que dans une prison.

Stéphane B.

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